Gérer la communication avec les étudiants (première partie)

 

Dans un article en deux parties, le RIDE vous donne quelques pistes pour mieux gérer la communication avec vos étudiants !

Communiquer aves ses étudiants, pour quoi faire?

Au-delà de ce que vous évoquez en cours, vous serez probablement amené·e à communiquer avec vos étudiants en marge de ce cours (que ce soit en dehors du temps de cours, ou que ce soit en dehors du thème du cours). Ces échanges dépendent bien sûr de vos étudiants mais aussi du « style » d’enseignement que vous avez développé. Julien nous dit ainsi : « J’ai remarqué que mes étudiants ont beaucoup moins ‘peur’ de me parler depuis que j’ai moi-même beaucoup moins peur d’être prof… du coup certains viennent me voir pour me parler de choses qui n’ont rien à voir avec le cours, ça peut être un peu chronophage donc là j’essaie d’apprendre à ne pas me laisser trop ‘prendre’ par ces conversations, aussi parce que je suis pas encore tout à fait à l’aise avec l’idée qu’ils se disent qu’ils peuvent venir me taper la discut’ sur tout et n’importe quoi… ».

De fait, quand on commence à enseigner on pense surtout aux interactions avec les étudiants dans le cadre pédagogique (et c’est effectivement celles qui sont le plus fréquentes ; Coulon, Paivandi, 2008).

De leur côté, les étudiants, surtout quand ils arrivent à l’université et qu’ils se retrouvent confrontés aux effectifs importants et à des principes pédagogiques et des relations avec les enseignants différentes qu’au lycée, peuvent se retrouver un peu « perdus ».

 

Première partie : Créer un cadre pour la communication

 

·       Pensez à vous adapter à vos étudiants.

En effet, si vous enseignez avec des étudiants de L1, essayez de garder à l’esprit que ceux-ci ont encore en tête le modèle du lycée où, la plupart du temps, les enseignants étaient disponibles pour chaque élève, et se souvenaient du nom de chacun. Par exemple, Marie, qui enseigne auprès d’étudiants de première année, s’est rendu compte en fin de semestre, alors qu’elle avait ouvert une discussion sur les difficultés rencontrés par ces jeunes étudiants, qu’ils souffraient pour la plupart du manque de dialogue entre eux et les enseignants d’universités qui, selon certains « travaillent pour eux » plutôt que pour les étudiants.

 

·       Trouvez la juste mesure entre sympathie et distance pédagogique

Selon les étudiants, un « bon prof » est un enseignant qui est aussi capable de développer des « relations humaines en cours et en dehors des cours » (Coulon, Paivandi, 2008). Surtout si vous faites cours à des petits groupes, essayer d’atténuer la distance habituelle entre enseignant et étudiant pour vous permettre d’instaurer une dynamique de groupe sympathique, ce qui a souvent un impact sur la participation de vos étudiants en classe et même sur l’ambiance de vos cours. « J’ai remarqué qu’à partir du moment où je me suis montrée un peu plus accessible, l’ambiance de mes cours étaient plus sympa, et surtout ils osaient davantage me répondre quand on travaillait ensemble à l’oral ou bien me poser des questions. J’espère juste qu’ils retiennent quelque chose dans ce contexte, c’est vrai que du coup je fais passer moins d’éléments théoriques ! », explique Léa.

Par exemple, dans la mesure où vous êtes chargé·e d'un groupe de TD chaque semaine pendant 10 séances de plusieurs heures, il est très utile et appréciable de faire un effort pour mémoriser le nom de vos étudiants présents régulièrement. Ce n’est bien sûr pas la peine de retenir le prénom de l’étudiant·e « touriste » présent·e une fois sur cinq, mais cela permet aux étudiants de sentir que vous faites un effort de considération envers eux et de minimiser la distance.

Là encore, il vous faut trouver votre propre « style », qui peut aussi dépendre des champs disciplinaires : dans certaines disciplines il est tout à fait normal d’aller boire un verre avec son chargé de TD, dans d’autres cela paraît totalement inconcevable.

 

 

Dans tous les cas l'important est de trouver la bonne mesure : briser la glace mais en restant « pro », afin que les étudiants ne se sentent pas la liberté de vous considérer comme un·e « pote » alors que la relation devrait rester strictement pédagogique. L'affect ne doit pas commencer à jouer, par exemple il ne faut pas qu'une proximité avec les étudiants puisse influencer votre notation.

 

·       Dispensez les bonnes informations

Bref, l’important est de définir non seulement les limites de ce sur quoi vous pouvez répondre ou non, mais également le cadre dans lequel les étudiants peuvent interagir avec vous, et de trouver un moyen de poser ce cadre très rapidement afin que vous soyez à l’aise dans vos rapports avec les étudiants. 

D’abord, n’oubliez pas de vous présenter lors du premier cours, en précisant comment vous souhaitez qu’on s’adresse à vous (si on peut vous tutoyer ou non, si on peut vous appeler par votre prénom…Voir notre article sur le premier cours).

Aussi, il peut être bon de rappeler aux étudiants que vous n’êtes pas compétent dans tous les domaines de l’administration universitaire, et que vous n’avez pas réponse à tout en ce qui concerne les rattrapages ou leur inscription administrative. Il est parfois difficile de ne pas leur montrer à quel point vous-même n’y comprenez rien, d’ailleurs ! Un conseil : identifiez dès le début de l’année les personnes vers qui les re-diriger pour quel problème : le responsable de leur année ou de leur formation, le secrétariat de leur niveau, etc. Bref, sauf si vous pensez que vous pouvez (parce que vous savez et que vous avez le temps pour vous en occuper) répondre à des questions qui ne vous concernent pas…. Déléguez !

 

·      

Fa Faire de l’humour ?

Amaury Daele, sur son blog « Pédagogie universitaire » , écrit que l’humour peut être un bon moteur dans votre classe : il permettra de détendre vos étudiants et de les mettre en confiance pour prendre la parole, pour poser une question ou réagir à votre cours par exemple. Il permet aussi d’instaurer un rapport enseignant-étudiant plus détendu. Il peut également rendre votre cours plus attractif car plus sympathique, et détourner les situations tendues. « Avoir un sens de l’humour et ne pas se prendre trop au sérieux » est également un des comportements que préconise M. Brauer (Enseigner à l’université) pour établir de bonnes relations avec les étudiants.

Bien sûr, attention cependant à ne pas forcer l’humour, et surtout à l’utiliser avec modération. En effet, le risque serait que vos étudiants ne vous prennent plus au sérieux, ou se sentent si détendus qu’ils se détachent du cours pour discuter et rire entre eux. Veillez donc à garder dans votre classe un climat de travail, et testez les moments les plus opportuns pour rire (par exemple, pas pendant un examen).

Et enfin, soyez rassuré·e : on a tous et toutes vécu ce moment un peu solitaire où on essaie de plaisanter devant des étudiants plus que perplexes…

 

 

·       De multiples moyens de communiquer

          Afin d’anticiper les questions de cours de vos étudiants, ou simplement de vous éviter une invasion de messages paniqués sur votre boîte mail ou d’étudiants à la fin de votre cours vous pouvez :

 

-                Écrire et diffuser un syllabus.

Cela peut vous permettre de ne pas avoir à répéter 50000 fois la même chose : rappelez à vos étudiants que pour les questions d’ordre pratique il peuvent s’y référer d’abord, avant de vous poser encore la question « Mais Madame/Monsieur, il faut rendre quand le dossier ? ». D’une façon générale, tout support écrit est bon à prendre, et n’hésitez pas à vous servir de la plateforme Moodle (nous y reviendrons) pour qu’ils aient toujours à disposition les documents posant les repères méthodologiques et pédagogiques du cours.

-           Prévoir un temps pour les questions.

Pour les questions de cours – c’est déjà bien d’arriver à faire que les étudiants se lancent – vous pouvez aménager un temps récurrent au début ou à la fin de chaque cours où vous leur laissez un moment pour poser leurs questions. Cela met parfois du temps à fonctionner, et pour lancer le mouvement vous pouvez vous-mêmes proposer quelques questions sur des points précis. Vous pouvez aussi leur proposer de poser leurs questions par mail (à l’adresse que vous aurez indiquée) ou sur le forum du cours sur Moodle et commencer votre cours sur cette base ! Le but est d’éviter ici les étudiants qui viennent poser des questions après le cours une fois que tout le monde est parti. Amandine nous propose un autre moyen d’aborder des questions de cours : faire écrire (anonymement ou non) aux étudiants en début ou en fin de séance une question liée au cours, les réunir puis en piocher quelques unes pour revenir dessus. Vous pouvez également nommer un·e « délégué·e » dans votre classe (si, ça se fait encore à la fac !), en particulier si vous avez une classe soudée où par exemple tous les étudiants partagent les mêmes cours/groupes de TD. Choisissez un·e étudiant·e volontaire et efficace qui connaît le plus possible le fonctionnement de votre université : ce sera à lui/elle de faire l'interface prioritairement en renseignant les étudiants et en vous transmettant les questions et remarques les plus importantes ; en effet certains étudiants sont timides et peuvent ne pas oser vous contacter, même si c'est important !

-                Favoriser les échanges « de visu » :

Il n’est pas forcément évident de poser des limites à ce niveau (« Non, l’heure est finie, je ne vous parle plus ! ») ; selon ce que vous voulez, vous pouvez préciser à vos étudiants que vous n’avez que peu de temps après les cours pour leur parler, mais que vous avez, par exemple, des heures de permanence à votre bureau ou en salle des profs. L’avantage d’expliciter ce fonctionnement, c’est que cela vous donne la possibilité de répondre aux demandes et questions sans être « pressé·e » par le prof d’après qui veut la salle, les étudiants autour, ou le début imminent de votre cours d’après.

Pour ce qui est des échanges en cours même, il peut être bien de rappeler certaines bases : la façon dont vous souhaitez qu’on vous « interpelle », les moments où ils peuvent poser une question, etc…

-                Accepter la correspondance par mail  

Là encore le syllabus est un bon outil : vous pouvez y préciser votre adresse mail mais aussi donner quelques détails sur les conditions de son utilisation : délai de réponse, ton attendu, questions auxquelles vous répondez en cours , etc.

-                Utiliser la plate-forme pédagogique en ligne de l'université (Moodle, Sakai) :

Ces plateformes (où vous pouvez déposer vos supports de cours, faire des QCM, etc.) peuvent être assorties d’un tchat et d’un forum. Si vous voulez utiliser le tchat (les étudiants peuvent vous parler directement, s’ils sont connectés et vous aussi, donc), vous pouvez définir des heures où vous êtes disponible, et rappeler les règles de contact que vous attendez. Pour le forum, idem, expliquez comment vous souhaitez fonctionner (les étudiants peuvent se répondre entre eux et vous pouvez leur répondre aussi). Souvent il est nécessaire de faire un petit point « technique » sur l’utilisation de ces outils, surtout en L1 ! Ici, quelques développements sur l’utilisation de ces outils de communication sur Moodle. 

-                Avoir recours aux plates-formes gratuites en ligne (Piazza, forums…) :

Il existe des plateformes en ligne que vous pouvez mettre en place facilement et gratuitement, pour votre groupe de TD seul ou tout un cours si vous êtes chargé.e d'UE.

Piazza par exemple (site américain uniquement disponible en anglais, https://piazza.com/) permet aux étudiants de poser leurs questions de façon publique ou privée, et de recueillir des réponses d'enseignants ou de leurs camarades. Si vous êtes plusieurs enseignants d'une même matière, chaque enseignant peut ainsi répondre à n'importe quelle question permettant de répartir la communication pédagogique en fonction des disponibilités. D'autre part si vous incitez les élèves à consulter les questions déjà posées avant d'envoyer les leurs, vous pouvez éviter d'avoir à répondre de nombreuses fois à la même interrogation. Elle permet également de diffuser de façon centralisée des informations statiques (comme le contenu de votre syllabus, les sujets de TD, etc.) ou évolutives (les dates de contrôles, des corrections, les changements de salle, etc.).

Vous pouvez également monter un forum de discussions (http://www.forumactif.com/, http://www.forumprod.com/, http://www.free-bb.com/fr/ etc.) dans le même but : recueillir de façon centralisée les questions et permettre aux étudiants comme aux enseignants d'y répondre.

Attention, l'expérience montre que les étudiants français, peu habitués à utiliser ce type d'outils dans un but pédagogique, risquent de ne pas adhérer si vous ne les forcez pas un peu, d'autant plus dans le cas de Piazza que le site est uniquement en anglais et l'inscription peut se révéler fastidieuse. Si vous souhaitez vous en servir comme unique support de communication vous devez le préciser clairement en début de cours et inciter le plus possible les étudiants à s'inscrire et leur rappeler l'existence de cet outil dès qu'ils ont une question. Pour ces raisons, mais aussi pour des raisons de droits d’auteurs si vous faites circuler des textes, des images ou vidéos en lien avec votre cours, la plateforme proposée par votre université est probablement à privilégier.

 

 

-                Tester l’usage des réseaux sociaux (Twitter, Facebook...) : 

Vous pouvez également capitaliser sur les réseaux sociaux populaires sur lesquels une bonne partie de vos étudiants est déjà présente. Vous pouvez par exemple créer un groupe privé (Facebook) ou un fil dédié avec mot-dièse associé (Twitter) que vous communiquerez lors de la première séance, et que vous ferez figurer sur votre syllabus.

Il y a beaucoup de chance pour que la communication passe rapidement et efficacement par ce canal, cependant veillez à ne pas l'utiliser comme unique source de diffusion des informations afin de ne pas exclure ceux de vos  étudiants qui ne seraient pas forcément inscrits (souvent car ils ne le souhaitent pas !) sur le réseau social choisi.

 

 

Pensez également à vous créer un compte/profil dédié factice (en particulier sur Facebook) pour l'interaction avec le groupe de discussion, afin que vos étudiants ne puissent pas commencer à vous espionner voire vous harceler sur votre profil personnel, en particulier si vous n'êtes pas très à l'aise avec le paramétrage de la sécurité et la protection des données privées sur ces sites.

 

Comme vous le voyez, il existe de très nombreuses façons d’interagir avec vos étudiants. A vous de les tester et de voir ce qui vous correspond le mieux, avant de l’imposer avec fermeté à vos étudiants.

Rendez-vous très prochainement pour la deuxième partie de cet article qui traitera plus particulièrement des situations conflictuelles!