Gérer la communication avec les étudiants (deuxième partie)

Lorsque vous interagissez avec vos étudiants, un certain nombre de situations gênantes ou complexes peuvent se présenter à vous.

 

Deuxième partie : Situations problématiques

 

Sachez d’abord que de nombreux étudiants viendront vers vous pour vous livrer leurs excuses (crédibles ou non) justifiant leur absence ou le fait de ne pas avoir rendu un devoir. D’autres tenteront de ne pas imprimer leur travail en vous l’envoyant en pdf, ou encore de vous envoyer par mail une photo pixellisée d’une copie non rendue en devoir sur table (tout cela est du vécu). Quelque-un·e·s pourront aussi avoir des commentaires à partager sur votre manque de rigueur en terme de notation…Les exemples de situations sont nombreux, et pour y faire face, nous vous proposons quelques conseils pour vous extraire des moments gênants qui vous attendent.

 

  

·      Gérer une situation problématique « simple »

Si cela vous arrive, gardez en tête que vous ne pouvez pas vous adapter à chaque étudiant·e, d’où l’importance d’avoir établi dès le début du semestre un code plus ou moins strict sur les absences, les retards, la notation, etc (voir la première partie de l’article). De cette façon, vous pourrez toujours vous référer à ce que vous aviez établi en début de semestre pour justifier ce que votre étudiant·e pourrait voir comme un manque de flexibilité ou un manque de compréhension de votre part. Aussi, sachez qu’imposer des règles à vos étudiants, surtout aux plus « jeunes », est essentiel pour eux : ils ne comprendront jamais qu’ils ne peuvent pas rendre un devoir par photo en mail si vous ne refusez jamais d’en corriger un. Donc même si c’est difficile, essayez d’envisager la rigueur et l’intransigeance comme un service rendu aux étudiants.

M. Brauer propose la méthode suivante pour anticiper les excuses diverses et variées pour non rendu de travail :

 

 Je montre à mes étudiants une liste des meilleures excuses qu’on m’a faites au cours de ma carrière […]. La présentation de cette liste a deux conséquences. Premièrement, les étudiants rigolent et nous passons un moment de détente ensemble. Nous évoquons les lois du hasard, cherchons à comprendre pourquoi c’est précisément le jour où le résumé de texte doit être rendu que de nombreux chats doivent être amenés d’urgence chez le vétérinaire ou de nombreuses voitures tombent en panne ! Bref, j’améliore le rapport avec mes étudiants. Deuxièmement, les étudiants réalisent que leur enseignant a déjà entendu un grand nombre d’excuses variées. Ce dernier point est important car beaucoup d’étudiants pensent sérieusement qu’ils sont les premiers à avoir trouvé l’excuse de la grand-mère malade.

 

·      Gérer une situation plus « complexe »

Malheureusement, d’autres cas iront plus loin et pourront véritablement vous déstabiliser : il peut s’agir d’un·e étudiant·e en souffrance (qui commence à pleurer en cours par exemple) ou d’un conflit dans un groupe. Pour ce dernier cas, n’hésitez pas à rappeler aux étudiants (en fin de cours, dans l’idéal) qu’ils sont un groupe, et qu’ils doivent trouver une dynamique de travail qui fonctionne pour tous. Si réellement la situation dégénère, voici comment Pierre a réagi face à des étudiants qui ont commencé à se battre dans son cours :

J’ai immédiatement (après le temps de réaliser ce qu’il se passait) fait sortir le groupe dans le couloir en disant aux autres de continuer à travailler et qu’on allait reprendre dans dix minutes (c’était un peu vain, mais au moins la consigne était là). J’ai rappelé à chacun que ce comportement était inadmissible et que j’attendais des excuses (ce qui les a «divertis » de leur dispute), puis j’ai demandé à chacun de m’expliquer en deux phrases quel était le problème… qui n’avait rien à voir avec le cours. Ils sont retournés en classe, ont changé de place, et j’ai pu continuer mon cours.

L’une des solutions envisageables serait donc la micro-gestion de la crise par l’isolement. En ce qui concerne les étudiants en souffrance, la question est très délicate : en effet, il est difficile de refuser un rattrapage à un·e étudiant·e qui était à un enterrement  le jour du devoir, ou de faire la morale à un·e étudiant·e qui vient vous demander d’excuser ses absences non justifiées en vous confiant que sa mère est très souffrante. Dans ces cas là, Amandine préconise la prudence : « Je n’insiste jamais quand un·e étudiant·e a l’air de souffrir d’une situation personnelle. Le problème est de savoir si l’étudiant·e est honnête, si sa situation est réellement complexe ou s’il essaie de jouer sur la corde émotionnelle pour justifier ses absences, ce qui est difficile à analyser. »

Effectivement, il n’est pas évident de déterminer quelle excuse est valable ou non : vous pouvez y réfléchir avant votre premier cours, et discuter avec vos collègues de certains cas qui peuvent revenir fréquemment. Il est toujours bon de bien préciser, dès le début du semestre, qu’il est toujours mieux de vous prévenir le plus tôt possible et de vous expliquer la situation sans attendre, et pas au moment du calcul des notes.

Si un ou une étudiant·e se sent visiblement mal, n’hésitez pas à aller lui parler discrètement, pourquoi pas en lui proposant de sortir une minute pour vous expliquer la situation (si cela est possible dans le cadre de votre cours). Il n’est pas évident de ne pas se sentir dépassé·e par un·e étudiant·e qui pleure sans pouvoir s’arrêter, alors qu’on a un groupe entier à gérer : il faut réussir à trouver un équilibre entre cette situation isolée et le cours qui doit continuer.

 

Par exemple, ne réagissez pas comme cela

 

« Je ne suis pas convaincu de la façon dont j’ai géré la situation : l’étudiante pleurait et m’a interpellée pour me demander des mouchoirs, j’ai un peu paniqué. Au final je l’ai fait sortir, essayé de discuter un peu avec elle pour qu’elle se calme, mais je ne pouvais pas rester dehors plus longtemps. Du coup, je lui ai demandé si elle voulait rester mais elle a préféré partir. J’ai eu l’impression de faire ce que je pouvais, même si une collègue après m’a dit que je m’étais fait avoir… », nous confie Pauline.

D’une façon générale, il peut être bon là aussi de savoir vers où orienter vos étudiants qui connaissent des difficultés : services sociaux, médecine universitaire, responsable de la formation…

 

·      Harcèlement

Enfin, dans certains cas, vous pouvez vous retrouver dans un cas de harcèlement où l’un·e de vos étudiants essaie en permanence d’obtenir votre attention, de se retrouver en aparte avec vous, ou de s’immiscer dans votre vie privée. C’est arrivé à Laura, jeune doctorante enseignante, qui, pendant un semestre, a dû supporter un étudiant qui cherchait sans cesse à en savoir plus sur elle, allant jusqu’à suivre son profil professionnel sur google et à conseiller à ses camarades de classe d’aller consulter cette page (qui n’avait bien sûr rien à voir avec le cours). « A chaque pause et à chaque fin de cours, il venait me parler, pour me demander comment mes recherches avançaient, ou pour « flatter » mon apparence physique. Il se sentait parfois de bon conseil et me disait d’être un peu plus ferme avec le reste des étudiants. Malheureusement, je n’ai pas du tout su comment appréhender cette situation. Je ne voulais pas faire allusion à son attitude de façon explicite car je savais qu’il serait de mauvaise foi et qu’il nierait m’avoir harcelée. À la fin du dernier cours, il m’a lancé un « je vais continuer à vous suivre » qui m’a angoissée... ». Laura raconte qu’elle regrette désormais de ne pas avoir été plus ferme avec cet étudiant.

Si vous vous retrouvez dans une situation similaire, surtout ne restez pas seul·e : partagez immédiatement cette situation avec vos collègues, et le ou la responsable d’année de la promotion. Vous vous assurerez ainsi un soutien. Enfin, n’hésitez pas à recadrer votre étudiant sans attendre, au moins par un sec et ferme « cela ne vous regarde pas » ou « je n’ai pas le temps ». Ne vous laissez pas aller à la culpabilité ou à l’impression que c’est vous qui percevez mal la situation. Dans un cas comme celui-ci, votre ressenti est important : vous ne devez pas vous sentir mal à l’aise dans vos rapports avec vos étudiants et le harcèlement est un problème sérieux qui doit être pris en charge rapidement.

C’est la même chose en cas de harcèlement sexuel : si vous vous sentez mal à l’aise à cause des agissements d’un·e étudiant·e (ou de quiconque à l’université, d’ailleurs), n’hésitez pas une seule seconde et évoquez votre situation avec l’un·e de vos pairs. Vous pouvez également consulter l’association CLASCHES (Collectif de Lutte Anti-Sexiste Contre le Harcèlement Sexuel dans l’Enseignement Supérieur). Dans tous les cas, ne restez pas seul·e face au problème, même s’il vous paraît relativement anodin : signaler la situation à vos collègues est déjà une bonne chose.

 Vous avez désormais de nombreux outils en main pour maîtriser vos rapports avec vos étudiants. À vous de voir quelles sont vos limites, et quel est votre cadre relationnel idéal pour faire de vous « un·e bon·ne enseignant·e ».